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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 20:57

Le groupe de rock slovène Laibach, qui s’est formé dans la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1980, se produira les 19 et 20 août 2015 en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Il jouera à deux reprises, devant 1 000 spectateurs, dans la salle de concerts du conservatoire Kim Won-gyun. Contrairement à ce qu’ont affirmé, une fois de plus un peu hâtivement, plusieurs médias occidentaux, ce n’est pas la première fois qu’un groupe de rock étranger jouera en RPD de Corée : sans compter les musiciens sud-coréens pendant la période de dialogue intercoréen de la « Sunshine policy » (1998-2008), le groupe américain de rock chrétien Casting Crowns s’était déjà produit, par exemple, en 2007 au Festival de printemps de Pyongyang – avec une musique certes très différente du rock industriel de Laibach. La tournée de Laibach au Nord de la Corée n’en constitue pas moins un événement qui permet d’apprécier les tendances actuelles de la scène musicale nord-coréenne. Cette tournée a été organisée par Morten Traavik, un directeur artistique norvégien qui n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne les échanges en musique contemporaine entre la RPD de Corée et le reste du monde.

2008. Un homme est à Pyongyang avec une boule à facettes. Son concept est simple : montrer cette boule à facettes dans les lieux jugés les plus improbables, en l’occurrence la République populaire démocratique de Corée. L’homme est norvégien : il s’appelle Morten Traavik. Directeur et artiste, il allait commencer une collaboration culturelle avec la République populaire démocratique de Corée.

 

Comme beaucoup de visiteurs étrangers, il était passé par la KFA d’Alejandro Cao de Benos pour visiter – au prix fort, comme toujours avec la KFA – la RPD de Corée et entrer en contact avec les autorités nord-coréennes. Mais dès que les projets de Morten Traavik ont commencé à se concrétiser, Alejandro Cao de Benos en a pris ombrage et a excommunié Morten Traavik. Libéré de cette pesante tutelle, il n’en a continué que plus librement et plus efficacement une coopération culturelle ambitieuse, en s’appuyant sur le Comité des relations culturelles avec les pays étrangers.

 

Morten Traavik a d’abord connu le succès sur Youtube en postant une étonnante interprétation de Take on me du groupe A-ha par de jeunes accordéonistes nord-coréens. Par son intermédiaire, des jeunes musiciens nord-coréens de l’école spécialisée Kumsong, à Pyongyang, se sont ensuite produits au Festival international de Bergen. Dans un article que lui a consacré le site SinoNK le 17 octobre 2014, Morten Traavik a déclaré s’atteler à l’établissement d’une académie d’art à Pyongyang (qui s’appellerait « DMZ »), en lien avec l’artiste norvégien Heinrik Placht, qui a une expérience de travail avec l’Académie internationale d’art en Palestine.

 

Pour la tournée en RPDC de Laybach, Morten Traavik s’est associé à l’artiste parisien Valnoir, qui a fondé en 1999 le studio Metastazis. Valnoir a été influencé comme graphiste par le collectif NSK, dont fait partie Laibach. L’idée a alors germé d’un concert du groupe slovène en Corée du Nord.

 

A Pyongyang, Laibach jouera ses propres morceaux et d’autres, nord-coréens. Les concerts doivent faire l’objet d’un film documentaire dont la diffusion est prévue au printemps 2016. La démarche de Laibach, qui se définit comme avant-gardiste – tant dans les thématiques abordées que par la combinaison des styles musicaux –, présente des similitudes avec les évolutions en cours de la musique contemporaine en RPD de Corée. Le groupe Moranbong, constitué sur l’initiative personnelle du Maréchal Kim Jong-un, puise ainsi des références dans le répertoire occidental récent, tout en adoptant des tonalités électroniques qui avaient été jusqu’alors peu explorées en Corée du Nord. Autre exemple : en février 2015, « Blanche-Neige et les sept nains » figurait au programme des concerts donnés par les jeunes handicapés nord-coréens en Angleterre, et – avec le soutien de l’AAFC – en France.

 

Un des experts sérieux de la Corée du Nord, qui y a vécu et évite les effets sensationnalistes, Leonid Petrov, émet prudemment l’hypothèse que la tournée de Laibach s’inscrit dans cette volonté de recherches musicales, ainsi que d’alternatives à la musique pop sud-coréenne, très populaire en Asie de l’Est et au-delà :

 

« Amener en Corée du Nord un groupe comme Laibach est, je pense, une substitution parfaite à la K-Pop sud-coréenne, qui est interdite en Corée du Nord. C’est quelque chose qui n’est pas vraiment occidental, quelque chose d’acceptable pour le régime et totalement apolitique. Il est évident que la Corée du Nord essaie de montrer et d’affirmer qu’elle envisage certains changements ou tente d’introduire des changements ou des novations (…) La culture populaire existe en Corée du Nord, mais elle dépend principalement de versions locales mélangées à la pop chinoise ou russe (…) ».

Par ailleurs, Leonid Petrov juge vraisemblable que la diffusion du concert sera limitée, ce qui n’a pourtant pas été le cas pour le groupe Moranbong. La capacité d’accueil du public dans la salle où jouera Laibach ne fera d’ailleurs pas de la tournée du groupe slovène un événement qu’on peut qualifier de confidentiel, ou limité à un public extrêmement restreint : comme pour les films étrangers diffusés dans le cadre du Festival international du film de Pyongyang, il y a une vraie curiosité pour les créations artistiques étrangères.

 

Laibach a également été sollicité par ses fans. Sur son site Internet, le groupe précise que « bien que notre mission principale soit d’offrir au plus grand nombre possible de Coréens l’expérience Laibach, nous travaillons dur pour nous assurer qu’un certain nombre de visiteurs étrangers soient également accueillis, dans un esprit de fraternité et de compréhension entre les peuples ». Un discours d’ouverture et de compréhension mutuels, à mille lieux de certains clichés sur Laibach.

 

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Culture Relations internationales de la Corée
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