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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 17:42

Le 2 mai 2015, les médias de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ont rendu compte de l'arrestation d'un étudiant sud-coréen de 21 ans, ayant le statut de résident permanent aux Etats-Unis (où sa famille s'est installée en 2001), Joo Won-moon (ou Won-moon Joo, si l'on suit l'usage américain de placer le nom de famille coréen, monosyllabique, après le prénom). Joo Won-moon est entré illégalement en RPD de Corée le 22 avril. Le 5 mai, Will Ripley, un journaliste américain de CNN, a interviewé Joo dans une vidéo filmée : l'étudiant a déclaré, par son geste, avoir voulu contribuer à l'amélioration des relations intercoréennes. Mais comment et pourquoi ?

Pourquoi l'étudiant sud-coréen Joo Won-moon est-il entré illégalement en Corée du Nord ?

Si des Sud-Coréens ou des Coréens américains ont déjà été arrêtés en RPD de Corée, c'est en général pour des motifs considérés comme portant atteinte à la sécurité publique - espionnage ou prosélytisme religieux. Une équipe de CNN actuellement en Corée du Nord a d'ailleurs rencontré deux autres Coréens arrêtés par les autorités nord-coréennes et accusés d'espionnage, Kim Kuk-gi et Choe Chun-gil. Les journalistes de CNN ont aussi demandé un entretien avec Jon Won-moon, que Will Ripley a pu interviewer à l'hôtel Koryo, à Pyongyang, en décrivant un jeune homme détendu et souriant. Ses conditions d'entrée et d'arrestation en RPDC apparaissent plus singulières.

Etudiant en commerce à l'Université de New York, Joo Won-moon est entré illégalement en RPDC le 22 avril en traversant à la nage le fleuve Yalu qui sépare la Chine et la Corée, après avoir franchi deux rangées de fil barbelé. Il a poursuivi son chemin à travers champs avant d'être arrêté par des soldats nord-coréens. Contrairement à d'autres Coréens ayant pénétré sans autorisation sur le territoire nord-coréen, il ne semble pas avoir cherché à se cacher ni à rencontrer d'autres Nord-Coréens. Il a d'ailleurs déclaré à CNN qu'il était prêt à se faire arrêter, conscient d'avoir gravement enfreint non seulement la loi nord-coréenne, mais plus généralement les règles de droit international.

Quand le journaliste Will Ripley lui a demandé les raisons pour lesquelles il était entré en Corée du Nord, Joo Won-moon a déclaré qu'il était conscient d'avoir commis un délit, mais qu'il espérait que cet incident créerait les conditions d'une amélioration des relations intercoréennes :

J'espérais que mon entrée, illégalement je le reconnais, pourrait entraîner quelque grand événement, avec l'espoir que cela aurait un effet positif sur les relations entre le Nord et le Sud [de la Corée] [...] Evidemment, je n'en suis pas encore totalement sûr, mais j'espère que je pourrai dire au monde comment un simple étudiant d'université a pu entrer illégalement en RPDC [...] et rentrer chez lui en sécurité grâce au traitement généreux de la RPDC.

Plusieurs éléments doivent être pris en considération pour apprécier cette réponse en évitant un jugement européo-centré : tout d'abord, l'impossibilité pour un Sud-Coréen d'avoir le moindre contact avec les Nord-Coréens en application de la loi de sécurité nationale. Dès lors, la curiosité qui a animé Joo Won-moon est celle de bien des Sud-Coréens, et sa volonté de voir puis de témoigner (alors qu'il n'est qu'un "simple étudiant") est compréhensible... dès lors qu'il sera libéré, ce dont il exprime ouvertement le souhait, ce qui ne fait d'ailleurs guère de doutes au regard des précédents et du caractère relativement limité de l'infraction commise par rapport à d'autres actes qualifiés de crimes dans le droit nord-coréen.

Mais plus fondamentale est l'idée, avancée par Joo Won-hoon, de créer un incident et d'amener ainsi à des discussions intercoréennes (à noter qu'à aucun moment ne sont évoquées les relations entre la RPDC et les Etats-Unis, bien que Joo ait le statut de résident permanent aux Etats-Unis). Le raisonnement est loin d'être absurde : à plusieurs reprises, les Etats-Unis ont dépêché à Pyongyang des émissaires de haut niveau - comme l'ancien Président Bill Clinton - pour obtenir la libération de leurs ressortissants, souvent coréens, arrêtés en RPDC (dans le cas de Bill Clinton, les journalistes Laura Ling et Euna Lee, elles aussi entrées illégalement en Corée du Nord). Et de fait, un canal de dialogue s'était ainsi instauré. Que cet exemple ait pu marquer Joo Won-hoon, qui vit aux Etats-Unis depuis quatorze ans, est probable, le jeune homme exprimant par ailleurs des marques de respect pour la République populaire démocratique de Corée (qu'il désigne toujours de son nom officiel).

Mais ce qui a valu pour les relations américano-nord-coréennes peut-il être transposé aux relations intercoréennes ? Il est permis d'en douter, tant les suspicions sont fortes de part et d'autre. Le gouvernement sud-coréen, en appelant à la libération immédiate de Joo Won-hoon, a dénoncé selon lui une pratique de Pyongyang contraire aux droits de l'homme, en n'ayant pas informé immédiatement de l'arrestation de Joo Won-hoon. Cette critique apparaît pourtant déplacée si l'on considère que les soldats sud-coréens, eux, n'ont pas hésité encore récemment à tuer certains de leurs compatriotes qui tentaient de gagner le Nord en fuyant le Sud.

Le New York Post a vu dans le geste de Joo un plaidoyer pour la paix ; certainement, mais plus basiquement l'étudiant a manifestement souhaité voir les deux gouvernements coréens discuter directement, le désir de réunification de leur pays animant les Coréens.

Interrogé enfin par Will Ripley sur ce le message qu'il souhaitait faire passer, Joo Won-hoon a eu un mot pour ses parents et ses proches, en soulignant qu'il était bien nourri, qu'il avait bien dormi et qu'il voulait s'excuser pour l'inquiétude qu'il leur donnait. Les autres étrangers arrêtés en Corée du Nord sont, de fait, bien traités. Ce qui nous semble toutefois le plus intéressant dans cette réponse est son caractère profondément coréen, dans  le respect des aînés et des parents. Si l'on veut comprendre Joo Won-hoon, il faut le considérer d'un point de vue coréen, et formuler avec lui le voeu que son geste, qui apparaît teinté d'idéalisme, puisse effectivement avoir un effet bénéfique sur les relations Nord-Sud.



Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes Relations Etats-Unis-Corée
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