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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 11:53

Au pouvoir entre 2008 et 2013, l'ancien Président sud-coréen Lee Myung-bak (parti Saenuri, conservateur), dans ses mémoires intitulés Le Temps du Président, accuse la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) d'avoir tenté de monnayer la tenue d'un sommet intercoréen pendant son mandat. La RPD de Corée, par la voix de la Commission pour la réunification pacifique de la patrie, a vivement dénoncé un ouvrage "mensonger". Pour sa part, la Maison bleue - siège de la présidence sud-coréenne - s'est officieusement démarquée de M. Lee Myung-bak, qui avait été vivement critiqué par l'opinion publique sud-coréenne pour sa responsabilité dans la détérioration des relations Nord-Sud, en estimant que ses déclarations ne servaient pas l'intérêt national. Ces affirmations, à prendre avec la plus extrême précaution, interviennent dans le contexte de contacts Nord-Sud discrets, voire secrets, et d'un besoin alors de rebondir pour un chef de l'Etat sud-coréen dont la popularité était en berne.

Les mémoires de l'ancien Président sud-coréen Lee Myung-bak, en vente dans une librairie de Séoul.

Les mémoires de l'ancien Président sud-coréen Lee Myung-bak, en vente dans une librairie de Séoul.

Les accusations portées par l'ancien Président sud-coréen sont sans ambiguïté : pour lui, la RPD de Corée aurait cherché à monnayer la tenue d'un sommet Nord-Sud en demandant une aide en nature et un apport en capital de 10 milliards de dollars :

"La Corée du Nord a demandé à la Corée du Sud de fournir 100.000 tonnes de maïs, 400.000 tonnes de riz, 300.000 tonnes de fertilisants, du bitume d'une valeur de 100 millions de dollars et 10 milliards de dollars pour établir une banque nationale de développement."

 

A supposer que de telles discussions aient eu lieu, la somme de 10 milliards de dollars aurait ainsi correspondu à un fonds de développement, vraisemblablement commun aux deux Corée, traduisant un apport en capital de la partie sud-coréenne, sans précision sur le montant et la nature de l'apport nord-coréen à ce même fonds.


L'ancien chef de l'Etat affirme également que la proposition d'un sommet intercoréen serait venue à plusieurs reprises de la partie Nord, notamment de la part de la délégation présente aux funérailles de l'ancien Président Kim Dae-jung à Séoul en août 2009, et d'une autre délégation - civile et militaire - qui aurait visité le Sud en décembre 2010.

Réagissant à un ouvrage qu'elle a qualifié de "mensonger" qui cherche à "changer le noir en blanc", la Commission (nord-coréenne) pour la réunification pacifique de la patrie a vivement réfuté les propos de M. Lee Myung-bak, en déclarant qu'au contraire c'était ce dernier qui aurait demandé la tenue d'un sommet intercoréen alors qu'il était affaibli politiquement, tout en précisant qu'elle détenait des preuves en ce sens :

"Nous n'avons pas besoin de rentrer dans les détails (...) Mais pour résumer, le traître Lee nous a interpellé et nous a supplié d'accepter un envoyé spécial ou un sommet lorsqu'il était acculé politiquement (...) Nous avons toutes les preuves en main de ce que nous avançons."


Elue en décembre 2012 et entrée en fonctions en février 2013, l'actuelle Présidente sud-coréenne, Mme Park Geun-hye, bien qu'étant issue du même parti politique que son prédécesseur, a cherché à se démarquer de la politique intransigeante de ce dernier vis-à-vis de la RPD de Corée, et qui avait conduit à la remise en cause des acquis du dialogue intercoréen fondé, notamment, sur les rencontres au sommet Nord-Sud de juin 2000 et octobre 2007. Alors que les deux Etats coréens appellent aujourd'hui au dialogue, les déclarations figurant dans les mémoires de l'ancien Président Lee Myung-bak ne sont évidemment pas de nature à favoriser la reprise des échanges - mais peut-être est-ce l'objectif poursuivi, outre la volonté de l'ancien Président sud-coréen de se justifier, en rejetant l'échec des discussions sur l'autre partie ? Un "officiel de haut niveau du bureau présidentiel sud-coréen" a ainsi déclaré à l'agence officielle sud-coréenne Yonhap, sous couvert d'anonymat, ne pas être "sûr que la révélation des détails sur les relations intercoréennes aidera l'intérêt national".

Qu'il y ait eu des contacts intercoréens discrets, voire secrets, chacun en convient - l'agence officielle nord-coréenne KCNA appelant d'ailleurs à ne pas commettre d'erreur d'interprétation sur "les contacts informels Nord-Sud" qui ont donc bien eu lieu, mais sans en préciser les dates, les lieux les participants et le contenu, ni a fortiori les résultats. Dès lors, il est impossible d'apprécier l'exactitude matérielle et la part que prend l'interprétation dans les révélations sensationnelles de M. Lee Myung-bak, seul à fournir des détails qui ne sont corroborés par aucune source indépendante. En particulier, ce dernier n'a reçu à ce jour aucun appui de la Maison Bleue, qui a évité de confirmer ou d'infirmer ses propos.  

Par des "fuites", sans doute en partie organisées par la présidence sud-coréenne, au tournant des années 2000 et 2010 les médias sud-coréens et occidentaux s'étaient fait l'écho, à plusieurs reprises, de discussions sur un possible troisième sommet intercoréen qui, s'il s'était tenu, aurait permis au chef de l'Etat sud-coréen de démentir les critiques selon lesquelles sa politique vis-à-vis de Pyongyang conduisait les relations Nord-Sud dans le mur. Mais le fait est que les contacts informels Nord-Sud n'ont abouti, à notre connaissance, à aucun résultat important, et que la nomination in fine, comme ministre de la Réunification à Séoul, d'un des hommes-clés de ces échanges avec le Nord n'avait pas davantage permis d'enclencher - ou réenclencher - un processus de dialogue basé sur une relation de confiance réciproque. Pendant la dernière année du mandat du Président Lee Myung-bak, les médias avaient cessé de parler d'un sommet intercoréen : il fallait désormais attendre l'élection présidentielle sud-coréenne de décembre 2012 pour apprécier si, oui ou non, le nouveau locataire de la Maison Bleue souhaiterait et pourrait relancer les échanges intercoréens, sérieusement mis à mal pendant la présidence Lee Myung-bak.


Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)