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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 00:03

Si les mesures économiques mises en oeuvre en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) depuis 2002 ont notamment accru l'autonomie des entreprises, les autorités nord-coréennes soulignent la continuité des orientations économiques. A cet égard, le système de travail de Tae'an, défini en 1961 par le Président Kim Il-sung, met l'accent sur la prise de décision politique collégiale et définit un mode de gestion spécifique qui, à certains égards, annonce déjà les orientations suivies depuis 2002. Alors qu'il avait accordé la priorité au redressement de l'économie et à l'élévation du niveau de vie de la population après les graves difficultés des années 1990, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il avait rappelé le contenu du système de travail de Tae'an, dans une lettre adressée le 1er juillet 1991 au personnel enseignant et administratif et aux étudiants de l'Ecole supérieure d'économie, à l'occasion du 45e anniversaire de la fondation de cet établissement. Nous en reproduisons ci-après de larges extraits, au moment où la République populaire démocratique de Corée célèbre le 73e anniversaire de sa naissance.

Le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il, lors d'une visite de terrain sur un chantier de construction à Pyongyang

Le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il, lors d'une visite de terrain sur un chantier de construction à Pyongyang

Le système de travail de Tae'an est défini comme marquant le passage à "un système de gestion économique communiste" scientifique et rationnel, exercé sous la direction collégiale du Parti, conformément aux idées du Juche qui visent à l'exercice de leur souveraineté par les masses populaires :

Le système de travail de Tae'an (...) est une forme de gestion économique Juche qui consiste à gérer l'économie de façon rationnelle et scientifique, sous la direction collégiale du Parti en appliquant la ligne établie à l'égard des masses (...) Il s'agit vraiment d'un système de gestion scientifique et rationnel axé sur les masses populaires, car il en fait les véritables maîtres de la gestion économique ; c'est aussi un système de gestion communiste, car il matérialise magistralement le principe collectiviste : "Un pour tous, tous pour un !"

 

Visant à guider les organismes d'administration, et non à ce que le Parti se substitue à eux, la primauté accordée à la direction politique des affaires économiques sous l'autorité du comité du Parti du travail, dans chaque unité d'activité, vise à la mobilisation et à l'épanouissement des capacités créatrices de la communauté de travail, à l'issue d'une discussion collective avec les travailleurs, les techniciens et les cadres :

La direction collégiale du comité du Parti est, par essence, une direction des affaires économiques recourant à la politique et aux moyens politiques. Elle diffère de la direction professionnelle et technique des organismes de l'administration et de l'économie, et de plus, propre aux organismes de direction politique, elle ne supplante en rien l'administration ni n'a recours aux méthodes administratives (...) [Elle] permet de décider collectivement, en synthétisant la volonté et les revendications de producteurs, de l'orientation et des moyens à adopter pour l'exécution des tâches économiques et d'exciter et canaliser l'ardeur révolutionnaire et l'enthousiasme créateur des producteurs pour une réalisation fructueuse des décisions prises (...)


Interprété dans un sens socialiste, ce mode de gestion vise ainsi à assurer la cohésion et l'unité de la communauté de travail - suivant une conception qui n'est par ailleurs pas éloignée du concept, très confucéen, d'harmonie et de primauté accordée au collectif par rapport à l'individu :

Cet ordre de travail permet aux travailleurs d'œuvrer loyalement, avec une conscience élevée et dans un but précis au nom de la société et de la collectivité, de raffermir l'unité et la cohésion et de procéder au mieux à la production complémentaire socialiste.

 

Le système de travail de Tae'an s'inscrit dans le cadre de la réalisation du plan, visant à prévenir le double écueil du "volontarisme des organismes de planification de l'Etat" et "l'égocentrisme des producteurs". Les objectifs du plan sont ainsi définis de bas en haut, dans une description assez précise de la façon dont la RPD de Corée établissait ses plans de développement de l'économie (l'exécution du dernier plan, entre 1987 et 1994, ayant été interrompue alors que l'économie subissait les contrecoups de la disparition de l'URSS et des démocraties populaires, et de catastrophes climatiques) :

Les services du plan des organismes économiques et des entreprises font office de cellules des organismes de planification de l'Etat ; le travail de planification s'effectue sous la direction unifiée du Comité national de la planification et les indices du plan sont définis et accordés selon une ligne allant de la base au sommet.


Alors que le dirigeant Kim Jong-il a joué un rôle clé dans l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication en RPD de Corée (le Centre informatique de Pyongyang ayant été fondé en 1986), il souligne, dans sa lettre aux professeurs, personnels administratifs et étudiants de l'Ecole supérieure d'économie, que le système de Tae'an assure la cohésion entre le développement de la production et les progrès scientifiques et techniques :

Le système de travail de Tae'an offre la possibilité de faire concorder le plan de développement de la production avec celui de la science et de la technique et de les promouvoir efficacement de manière à renforcer la direction scientifique et technique, à développer en priorité la science et la technique et à introduire leurs réalisations. Il permet par ailleurs de lier correctement la science et la technique à la production, car l'ingénieur en chef, le plus au courant de la technique dans chaque entreprise, tel un chef d'état-major, tient en main toutes les activités directement liées à la production et les dirige dans leur ensemble.

 

Sur la base du système de travail de Tae'an sont poursuivis plusieurs objectifs : la prise en compte d'objectifs non seulement quantitatifs mais aussi qualitatifs ; la recherche d'économies dans la consommation de matières premières (laquelle met en jeu les entreprises de matériaux, dans le cadre de contrats conclus "sous forme commerciale") ;  l'amélioration de la productivité ; la réalisation du principe d'autofinancement conduisant à une "certaine" indépendance et, défini comme suit :

[Le système de travail de Tae'an] encourage enfin l'autofinancement selon ce principe : chaque entreprise, relativement indépendante, mène avec initiative sa gestion sous la direction planifiée de l'Etat. De la sorte, l'autofinancement sert à mieux appliquer le principe collectiviste, à réaliser un développement planifié et équilibré de l'économie nationale et à accroître l'efficacité de la production et de la gestion.


On observera que les principes ainsi définis - comme l'existence de relations commerciales entre les entreprises - et les objectifs poursuivis (recherche d'une meilleure efficacité de la production, dans le cadre d'une certaine autonomie des entreprises) annoncent déjà certaines des mesures économiques du 1er juillet 2002, comme l'indépendance accrue de gestion des unités de production en RPD de Corée depuis cette date. Généralement interprétées comme une rupture dans l'organisation économique de la Corée du Nord, ou encore comme une conséquence de fait de l'effondrement de l'économie pendant la "dure marche", ces mesures s'inscrivent dans une logique déjà ancienne, au moins en principe.

Enfin, un dernier trait de gestion rattaché au système de Tae'an est "le bilan quotidien" - y compris financier - que doit faire l'ensemble du collectif de travail - et qui n'est d'ailleurs pas éloigné des réunions collectives d'entreprise, qu'on retrouve dans d'autres pays d'Asie, au grand étonnement des observateurs occidentaux peu habitués à la prééminence du collectif sur l'individu :

Le système de bilan quotidien de la production et des finances est un autre moyen efficace de régulariser la gestion économique, car il amène tous les membres de l'équipe de travail à se répartir, outre les tâches de production, celles de la gestion industrielle, telles que la technique, l'équipement, les matériaux, la main-d'œuvre et les finances, et à dresser chaque jour eux-mêmes le bilan d'exécution des objectifs de production en liaison étroite avec celui de l'administration financière.

 

Citations : Kim Jong-il, Oeuvres choisies, tome 11 (janvier-juillet 1991), éditions en langues étrangères, Pyongyang, RPD de Corée, 2003, p. 297-311.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Economie
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