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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 23:59

Première université privée à voir ouvert ses portes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), grâce notamment à l'implication et à l'entregent d'un Coréen Américain, James Kim, la Pyongyang University of Science and Technology (PUST) accueille des professeurs étrangers. Parmi eux, un Américain, Will Scott, doctorant en informatique, a donné entre octobre et décembre 2013 des cours sur les systèmes d’exploitation, d'une part, et les bases de données, d'autre part - alors que les autorités nord-coréennes ont mis l'accent sur l'informatique depuis une génération pour accélérer les mutations économiques et technologiques, en envoyant notamment des étudiants dans des pays étrangers (Chine, Inde...). Will Scott a rendu compte de son expérience fin 2014 lors d'une conférence à Hambourg, et dans les médias occidentaux. Nous reprenons et commentons ci-après des extraits d'un entretien qu'il a accordé à Martin Untersinger, envoyé spécial du quotidien Le Monde à Hambourg.

Will Scott, un professeur d'informatique américain en Corée du Nord

S'agissant du profil de ses étudiants, Will Scott observe qu'ils ont quelques années d'études supérieures derrière eux et appartiennent à la "classe moyenne de Pyongyang" - ce qui correspond par ailleurs au profil des étudiants internationaux nord-coréens, qui étudient à l'étranger.

"Les étudiants avaient tous choisi cette université. Beaucoup semblaient issus de la classe moyenne de Pyongyang, avec des parents médecins par exemple. Agés de 21 ou 22 ans, ils avaient déjà une ou deux années d’études supérieures. Certains avaient déjà étudié l’informatique, mais beaucoup étaient des débutants."

 

S'agissant d'Internet, Will Scott relève que les étudiants connaissent le réseau, en soulignant que la visite en RPD de Corée d'Eric Schmidt, le PDG de Google, a été fortement médiatisée en interne (ainsi d'ailleurs que dans les médias anglo-saxons). Il mentionne également l'accès à l'Internet traditionnel (donc pas au seul réseau Intranet nord-coréen), avec un filtrage. Les étudiants n'ont pas d'adresses email personnelles - de fait, en RPDC, les adresses mél appartiennent à des institutions, et pas à des particuliers.


"Est-ce qu’ils connaissaient Internet ?

Oh oui, bien sûr, ils connaissaient Internet. Ils connaissaient Bill Gates, Mark Zuckerberg, Steve Jobs. Les informations leur parviennent d’un nombre surprenant d’endroits. Ils savaient aussi qu’Eric Schmidt [le PDG de Google] avait visité le pays, car cela avait été relayé dans les journaux. Ils connaissaient l’entreprise et savaient ce qu’elle faisait. On parlait des réseaux sociaux, je leur ai expliqué ce qu’était Dropbox."


"A quel réseau avaient-ils accès ?

Sur le campus, nous avions accès à l’Internet traditionnel. C’est un débat récurrent au sein de l’université : les professeurs plaident pour un accès plus large et la direction est réticente. Les étudiants en équivalent de master et de dernière année de licence ont accès à Internet. Il y a du filtrage, mais je ne sais pas exactement lequel. Ce n’est pas un accès complètement restreint. Les étudiants l’utilisent pour de la recherche et pour leurs devoirs. Ils n’ont pas d’adresse e-mail, ils ne l’utilisent pas pour socialiser."

 

Will Scott estime que les étudiants nord-coréens (qui, au PUST, sont tous anglophones), avec qui il avait des discussions sur des sujets de loisirs comme le sport, n'étaient pas différents des autres étudiants en informatique, notamment dans leur vision des outils informatiques à des fins utilitaires (par exemple commerciales) plus que pour créer des réseaux sociaux. Une des difficultés qu'il a rencontrées pour ses cours était les pannes de courant.

Il a notamment souligné l'accès au réseau de téléphonie mobile (en se trompant sur le nombre d'abonnés, estimé à 2 millions et pas 1 million, pour une population d'environ 25 millions d'habitants) et l'achat de tablettes (basées sur Android) par certains étudiants.


"Est-ce que l’informatique et Internet sont susceptibles de changer la façon dont ils voient le monde ?

J’espère. Les membres de la classe aisée que j’ai côtoyés veulent pouvoir dire ce qu’ils veulent. Ce sont eux qui utilisent Internet et les téléphones mobiles, auxquels environ un million de Nord-Coréens sont abonnés. Quelques magasins vendent des tablettes et certains de mes étudiants en possédaient."

 

En conclusion, Will Scott a déploré que l'émergence d'une classe moyenne ouverte sur l'étranger soit un aspect de la RPD de Corée qu'occultent les médias occidentaux. De fait, il s'agit d'un des changements les plus notables engendrés par la mise en oeuvre des mesures d'ouverture économique depuis 2002.


"Pensez-vous que les gens se font une fausse image de la Corée du Nord ?

La façon dont la Corée du Nord est vue sur la scène internationale est très différente de la réalité à Pyongyang. Il existe une classe moyenne dont on entend jamais parler, qui se rend en avion en Chine, dont les étudiants partent à l’étranger, notamment en Suède, en Suisse ou en France. Certains sont un peu des citoyens du monde, même en étant Nord-Coréens."

 

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société Sciences
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