Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 01:14

Parler d'extrême-gauche en République de Corée (Corée du Sud) peut sembler une gageure, ce concept étant lui-même sujet à controverses en Occident. En effet, la scène politique sud-coréenne est traditionnellement divisée entre les progressistes et les conservateurs, et la gauche ne constitue elle-même qu'une minorité du camp progressiste, dominé par les démocrates. Nous appelons ici extrême-gauche les mouvements situés à la gauche de la gauche sud-coréenne (où aujourd'hui trois partis ont, ou ont eu, des représentants élus aux échelons de pouvoir locaux et nationaux : le Parti progressiste unifié, le Parti du travail ou Parti travailliste - issu de la fusion du Nouveau parti progressiste et du Parti socialiste - et le Parti des Verts), en excluant volontairement de notre présentation les organisations souterraines pro-Corée du Nord qui n'ont pas d'activité légale publique. A titre préliminaire, il convient d'observer qu'il n'y a pas à notre connaissance de partis ou d'organisations politiques ouvertement marxistes, marxistes-léninistes ("maoïstes") ou, plus généralement, communistes, ce qui est la conséquence de la loi de sécurité nationale propre à la Corée du Sud et qui interdit toute expression publique considérée comme pro-Corée du Nord. 

Trotskystes et marxistes

L'organisation Solidarité des travailleurs (plus connue sous son nom anglais, Workers' solidarity) a été créée en mars 2014, sur la base d'activités conduites depuis décembre 2001 par le collectif "Tous ensemble", qui avait organisé des forums annuels sur le marxisme. Solidarité des travailleurs est affiliée à une internationale trotskyste, la tendance socialiste internationale. Elle dispose d'un journal sur Internet, Gauche 21 (Left 21). Dénonçant l'URSS et les démocraties populaires comme relevant d'un capitalisme d'Etat, elle est active dans la dénonciation des guerres d'agression américaines et a vivement critiqué l'envoi de troupes par la Corée du Sud en Irak. Elle s'oppose aussi fortement à la politique israélienne de massacres de civils en Palestine. S'agissant des luttes sociales, Tous ensemble puis Solidarité des travailleurs ont été présents notamment dans le mouvement de Kiryung Electronics en 2006, et ont pris la défense depuis 2005 d'un universitaire, le professeur Kang Jeung-ku, attaqué pour avoir présenté la guerre de Corée comme une lutte pour la réunification de la péninsule.

A côté de Solidarité des travailleurs qui pourrait compter jusqu'à 1.000 membres, d'autres organisations se définissant comme marxistes et révolutionnaires sont nettement moins nombreuses et encore en voie de structuration. En particulier, deux d'entre elles ont pris appui sur la lutte de travailleurs de la société de cours privés Jaeneung, licenciés pour avoir fait grève en vue d'obtenir une hausse de leurs salaires - ils ne s'étaient pas vu reconnaître les droits qui seraient attachés en Occident au statut de salarié. La première a organisé depuis décembre 2007 des rencontres pour la formation d'un parti révolutionnaire des travailleurs. La seconde, issue du Comité conjoint d'action pour la construction d'un parti socialiste des travailleurs, est devenue le 9 mai 2010 le Comité pour un parti politique de la classe ouvrière. Comme son nom l'indique, elle vise à constituer un parti propre à la classe ouvrière et a été présente dans les luttes sociales, du groupe Hyundai et de Samsung, ainsi que dans la dénonciation du naufrage du ferry Sewol.

Réunion du groupe trotskyste "Tous ensemble " (aujourd'hui Solidarité des travailleurs), le 23 septembre 2013

Réunion du groupe trotskyste "Tous ensemble " (aujourd'hui Solidarité des travailleurs), le 23 septembre 2013

La nébuleuse anarchiste

Il est difficile d'identifier des organisations anarchistes en Corée du Sud : si le drapeau noir est présent dans les manifestations et les luttes sociales, il semble surtout le fait de militants agissant à titre individuel.

Mais les idées anarchistes - sinon des militants - sont bien présents. Ainsi, Asunaro regroupe six sociétés locales (à Gwangju, Séoul, Suwon, Incheon et Changwon) et quatre autres en voie de constitution (à Gumi, Daejon, Seongnam et Ulsan), qui regroupent officiellement 9.000 membres, souvent impliqués dans les mouvements de défense des droits individuels. Les sociétés affiliées à Asunaro sont des regroupements volontaires d'adolescents et de jeunes adultes dans des communes basées sur le principe de l'autogestion et refusant une organisation hiérarchique. Asunaro a une maison d'édition, Asurajang.

Plusieurs écoles alternatives - au système national d'éducation - se fondent sur des valeurs inspirées de l'anarchisme. Les cursus qu'elles proposent portent sur l'enseignement primaire et secondaire. Parmi ces écoles alternatives l'une, l'école Gandhi, s'inspire des idées et des principes du père de l'indépendance de l'Inde.

Les relais de la nouvelle gauche

Un panorama complet doit enfin prendre en compte les mouvements dits de la nouvelle gauche, bien représentés dans les pays anglo-saxons dont la culture politique a inspiré la République de Corée.

N'ayant pas des organisations politiques à proprement parler (sinon celles de la gauche traditionnelle), la nouvelle gauche a des relais dans les médias, comme News Cham, quotidien régional du Sud-Est de la Corée rédigé par des handicapés et défendant les droits des personnes handicapées et, plus largement, des minorités, tout en se faisant l'écho des luttes sociales et politiques.

Certaines communautés alternatives reprennent également des thématiques de la nouvelle gauche, comme Suyunomo (littéralement "Au-delà de Suyu", du nom d'un quartier de Séoul) qui donne une éducation soucieuse de la protection de la nature.

 

Liens vers les sites des organisations et médias (en coréen) :

Partager cet article

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
commenter cet article

commentaires

gorteau 02/11/2014 18:00

Qu'en est-il des organisations clandestines pro-RDPC ?

AAFC 03/11/2014 13:59

Comme indiqué dans l'article, les organisations clandestines pro-RPDC ne sont pas mentionnées car, faute d'activités publiques, il est très difficile d'apprécier leur importance.

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?

aujourd'hui


dans les 30 derniers jours

 
 

Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)