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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 09:23

Le 10 octobre 2014, le ministre de la Justice de la République de Corée (Corée du Sud) a déclaré qu'un étudiant chinois - que nous appellerons Song - avait été expulsé du territoire sud-coréen en août et interdit définitivement d'y entrer pour avoir "aidé la Corée du Nord". Cette application exceptionnelle à un étranger de la loi de sécurité nationale (LSN) sud-coréenne plaide une fois encore pour l'abrogation d'une législation dénoncée comme contraire aux droits de l'homme, héritage des régimes autoritaires. La LSN interdit tout contact entre le Nord et le Sud de la péninsule et est toujours largement utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition, au prétexte que leurs activités favoriseraient la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - même si, dans l'immense majorité des cas, il n'y a aucun lien entre ces opposants et la Corée du Nord.

Tout d'abord, que s'est-il exactement passé ? La seule version des faits dans la presse a été donnée par le très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo, que les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) privilégient comme leur porte-voix et comme instrument de leurs campagnes de désinformation sur la Corée du Nord. Ce scoop du Chosun Ilbo n'est donc pas surprenant, eu égard à ses liens aujourd'hui quasi-organiques avec le NIS : le quotidien puise ses informations à bonne source et en donne une lecture conforme aux intérêts du NIS.

Selon le Chosun Ilbo, "Song" est originaire de la province de Guangdong. Il est arrivé en Corée du Sud fin 2012 pour apprendre le coréen. Pendant son séjour, il aurait posté des messages sur Facebook critiquant les autorités sud-coréennes et faisant l'éloge du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Le quotidien sud-coréen, prétendant avoir accès à une source gouvernementale (aveu quasi-implicite que ces informations viennent du NIS, alors que le ministère de la Justice a refusé de donner des détails), a ajouté que les messages, écrits en coréen et en chinois, donnaient "uniquement le point de vue nord-coréen" et continueraient d'être publiés même après son expulsion de la péninsule.

L'amalgame, vieille ficelle des services de renseignement du monde entier, fonctionne ici à plein régime : d'un regret que Song donne un point exclusivement nord-coréen nous glissons à l'éloge supposée du Maréchal Kim Jong-un, ce qui n'est évidemment pas la même chose. Naturellement, aucune preuve ni aucune citation des messages en question n'est fournie, permettant au NIS et au Chosun Ilbo de donner leur version exclusive des faits.

Mais pourquoi avoir choisi de communiquer ? La LSN est vivement critiquée par les ONG, le gouvernement américain, allié de la Corée du Sud, et la commission des droits de l'homme des Nations Unies comme contraire à l'exercice des libertés publiques. Quel est l'intérêt des autorités sud-coréennes, en pointe dans la dénonciation des droits de l'homme en Corée du Nord, de prêter elles-mêmes le flanc à la critique sur ce même terrain des droits de l'homme ?

Non seulement le NIS et la droite sud-coréenne, obsédées par le danger que constituent à leurs yeux la Corée du Nord et le "communisme", ne sont pas conscientes des atteintes aux droits de l'homme commises au nom de la LSN (ou les minimisent), mais elles les revendiquent comme un élément fondamental du respect de l'ordre et des institutions sud-coréennes. C'est grâce à la LSN, par exemple, qu'est interdit le débat sur les véritables causes du naufrage du Cheonan, ou que le député Lee Seok-ki a été déchu de son mandat et condamné à une peine de prison ferme en violation du principe universel d'inviolabilité du mandat parlementaire, fondement de la séparation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires.

Le cas Song est d'autant plus inquiétant qu'il applique la sinistre LSN à un étranger, ce qui semble sans précédent, du moins dans l'époque récente. Par ailleurs, Song n'avait pas participé à des manifestations, ni mené des actions publiques : c'est bien l'expression de ses opinions qui était jugée inacceptable, révélant par ailleurs un contrôle toujours accru d'Internet et des réseaux sociaux par les autorités sud-coréennes.

Le but n'est-il pas d'intimider les étrangers vivant en Corée du Sud ? Mais pas seulement : l'article de presse déplore que ces messages continuent d'être postés... à l'étranger ! Or la loi de sécurité nationale, comme toute loi nationale, ne s'applique pas en dehors des frontières sud-coréennes. Et ce n'est malheureusement pas la première fois que les services secrets sud-coréens feignent de l'ignorer : il a été rapporté à l'AAFC que le NIS avait dénoncé des Français vivant en France au motif qu'ils violeraient la LSN. Les actions du NIS étaient clairement illégales, entraînant l'ouverture d'enquêtes judiciaires et une réaction du contre-espionnage français pour défendre la souveraineté nationale de notre pays et l'intégrité de ses ressortissants et des personnes placées sous la protection des lois françaises.

Face à ces expressions d'une évolution autoritaire en Corée du Sud, l'AAFC juge urgente l'abrogation de la loi de sécurité nationale ainsi que l'instauration qu'un contrôle politique du NIS, incluant l'opposition, comme dans toutes les démocraties parlementaires, pour mettre fin aux dérives de cette agence de renseignement qui confond sécurité nationale et intérêts partisans.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Chine-Corée Politique sud-coréenne
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)