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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 09:54

Le 30 juillet 2014, quinze élections législatives partielles avaient lieu en République de Corée (Corée du Sud), suite aux démissions entraînées par les élections locales de juin. Un vingtième des sièges du Parlement étaient ainsi renouvelés, ce qui était de nature à remettre en cause la courte majorité parlementaire du parti Saenuri (conservateur) au pouvoir. Mais les résultats se sont au contraire soldés par un recul de l'opposition, qui n'a remporté que quatre sièges contre six auparavant, donnant du même coup une majorité plus nette aux conservateurs pour mener leur politique. Les co-présidents de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD, centre-gauche), Kim Han-gil et Ahn Cheol-soo, ont remis leur démission dès le lendemain - suivant un usage établi en Corée du Sud quand une formation échoue aux élections. Toutefois, l'ANPD ne pourra se contenter d'un changement de dirigeant si elle veut accéder au pouvoir, alors que les électeurs ont sanctionné son absence tant de projet politique que de dirigeant clairement identifié.

Le 31 juillet 2014, Ahn Cheol-soo et Kim Han-gil ont tenu une conférence de presse à l'Assemblée nationale où ils annoncé leur démission de la direction de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD), largement défaite lors des élections législatives partielles de la veille

Le 31 juillet 2014, Ahn Cheol-soo et Kim Han-gil ont tenu une conférence de presse à l'Assemblée nationale où ils annoncé leur démission de la direction de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD), largement défaite lors des élections législatives partielles de la veille

Organisées en plein été, les quinze élections législatives partielles du 30 juillet 2014 étaient déterminantes pour la majorité parlementaire en Corée du Sud. Malgré l'enjeu, le taux de participation n'a atteint que 32,9 %, en-deçà de la participation moyenne aux élections législatives partielles depuis 2000 (35,3 %).

Annoncés serrés après le coude-à-coude entre la majorité conservatrice et l'opposition démocrate aux élections locales du 4 juin dernier, les résultats ont finalement marqué un succès sans appel pour les conservateurs. Non seulement ces derniers remportent deux sièges supplémentaires (totalisant ainsi onze sièges sur les quinze en jeu), mais ils se paient le luxe de remporter une circonscription en jeu dans le Cheolla, bastion traditionnel de l'opposition. Défait dans la circonscription C de Suwon, dans le Gyeonggi, Sohn Hak-kyu, un des leaders de l'ANPD, a annoncé son retrait de la vie politique. Enfin, le Parti de la justice a été défait dans la circonscription de Dongjak-B (47 % contre 52 %), à Séoul : soutenu par les démocrates, son candidat, l'ancien député Roh Hoe-chan, était pourtant l'une des figures les plus connues de la gauche sud-coréenne.

Sohn Hak-kyu s'incline après sa défaite, suite à laquelle il a annoncé son retrait de la vie politique

Sohn Hak-kyu s'incline après sa défaite, suite à laquelle il a annoncé son retrait de la vie politique

L'opposition peut incriminer la faible participation - alors que les électeurs conservateurs, plus âgés, se rendent plus facilement aux urnes. Mais de l'avis des médias sud-coréens, et d'abord de ceux favorables aux progressistes, c'est bien l'absence de projet politique et le curieux attelage formé par un duo à la tête du parti (révélateur de ses dissensions) qui est à blâmer : de fait, Kim Han-gil et Ahn Cheol-soo ont tiré les conséquences du scrutin en annonçant leur démission de la direction de l'ANPD.

Plutôt que de développer son propre projet, l'ANPD a mené une campagne essentiellement négative, basée sur la gestion désastreuse du dramatique naufrage du ferry Sewol par l'administration conservatrice de la présidente Park Geun-hye. Après une incapacité à organiser les secours de manière optimale, cette dernière avait coordonné une vaste chasse à l'homme - jusqu'à 50.000 policiers avaient été mobilisés - pour traquer le vrai propriétaire de la compagnie, le sulfureux Yoo Byeong-eon, très proche des conservateurs. Las, il était annoncé le 22 juillet que le corps d'un homme trouvé le 12 juin, initialement soupçonné appartenir à un SDF, était celui de l'homme d'affaires. Le corps était pourtant situé dans un rayon relativement proche (2,5 kilomètres) d'une demeure de Yoo Byeong-eon. Comme il était dans un état de décomposition avancée, les causes du décès n'avaient ensuite pu être établis. De nombreux Sud-Coréens ne croient pas le récit officiel, soupçonnant les autorités sud-coréennes d'avoir laissé M. Yoo fuir à l'étranger, sa mort permettant d'éviter un déballage public préjudiciable aux conservateurs. 

La mauvaise gestion du naufrage du "Sewol" avait par ailleurs entraîné la démission du Premier ministre Chung Hong-won. Mais après que des scandales eurent empêché l'entrée en fonctions de deux autres candidats ensuite pressentis - l'ancien magistrat Ahn Dae-hee, pour trafic d'influence, puis le journaliste Moon Chang-guk, qui avait suscité la polémique en décrivant la colonisation japonaise puis la division de la Corée comme une conséquence de la volonté divine - c'est finalement le Premier ministre démissionnaire qui est resté en fonctions.

Alors que les premières auditions des adolescents survivants du naufrage du ferry - qui a causé plus de 300 morts, majoritairement des lycéens - coïncidaient avec la tenue des législatives partielles, l'ANPD n'a pas su créer un courant de sympathie en sa faveur, après avoir tenté - en vain - de faire adopter une proposition de loi devant prévenir de tels accidents.

Le problème de l'opposition démocrate est qu'elle gère une rente de situation - disposant d'un important groupe parlementaire et de positions dans les exécutifs locaux - sans porter de réel projet alternatif. Quand elle refuse toute alliance aux élections locales avec les partis de gauche - sous la pression notamment du magnat de l'industrie Ahn Cheol-soo - elle valide implicitement la ligne gouvernementale qui considère la gauche comme factieuse et donc infréquentable, alors qu'est engagée une répression sans précédent contre une partie de la gauche depuis le départ des militaires du pouvoir à Séoul. Le retrait du candidat de l'ANPD en faveur du dirigeant du Parti de la Justice, Roh Hoe-chan, lors de la partielle du 30 juillet, apparaissait ainsi comme une prise de conscience bien tardive - et insuffisante, vu le résultat - du caractère suicidaire d'une telle ligne politique, dans un mode de scrutin uninominal à un tour qui exige un regroupement des progressistes.

D'ores et déjà acquis au libéralisme économique (et par conséquent peu crédibles sur le terrain des réformes sociales), les démocrates sont par ailleurs de plus en plus sensibles aux sirènes conservatrices sur la question des relations intercoréennes - alors que la popularité de la "politique du rayon de soleil" d'ouverture au Nord des présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun avait constitué un des marqueurs politiques de l'identité démocrate.

 

Reste l'héritage de la défense de la démocratie et des droits de l'homme, fierté des démocrates, quand les conservateurs se rangent du côté des héritiers du régime militaire. Mais alors que les menaces sur la démocratie sud-coréenne n'ont jamais été aussi fortes, les dirigeants de l'ANPD ne sont pas à hauteur de la réputation de courage de leurs illustres prédécesseurs, en évitant soigneusement d'apparaître comme potentiellement alliés avec les opposants radicaux à Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud. Le risque est que, à force de prudence et faute de porter des projets concrets d'amélioration des conditions de vie de la population, l'opposition démocrate soit incapable de représenter une alternative majoritaire, dans un pays culturellement ancré dans le conservatisme politique, social et économique.

Principales sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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