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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 21:38

Entre le 26 et le 29 juillet 1950, des centaines de Sud-Coréens ont été massacrés par l'armée américaine à No Gun Ri - dans un contexte où, au début de la guerre de Corée, les GIs tiraient délibérément sur des groupes de réfugiés de peur qu'ils aient pu abriter des soldats ennemis. La recherche de la vérité sur le massacre de No Gun Ri se confond largement avec la vie d'un homme, directement touché par cette tragédie : Chung Eun-yong nous a quittés le 1er août 2014, à son domicile de Daejeon. Retour sur le combat d'un homme inflexible qui, jusqu'à la fin de sa vie, aura subi la douleur d'avoir été, selon lui, un "père lâche", "ayant laissé sa famille à la merci des soldats américains".

Chung Eun-yong, lors d'une conférence de presse à New York en 2000

Chung Eun-yong, lors d'une conférence de presse à New York en 2000

23 juillet 1950. Des habitants de Jugok, dans la province du Chungcheong du Nord, reçoivent l'ordre d'évacuer leur village alors que les troupes nord-coréennes progressent. Puis le 25 juillet ce sont les habitants des villages voisins à qui les troupes américaines demandent de se replier au Sud. Dans leur retraite, le 26 juillet, ils croisent un bataillon du 7e régiment de cavalerie des Etats-Unis, qui s'était retranché près de No Gun Ri, et doivent quitter la route avant d'être pilonnés par l'aviation américaine. Refugiés sous un pont de chemin de fer, les survivants subissent, pendant trois jours, les tirs des troupes au sol. Alors que le gouvernement sud-coréen a identifié 163 victimes, mortes ou disparues, le nombre total de morts serait compris entre 250 et 500.

 

Un homme, Chung Eun-yong, a perdu son fils et sa fille dans le massacre de No Gun Ri. Il a passé sa vie à comprendre les causes et les circonstances de leur mort, ayant envoyé plus de douze pétitions pour exiger des autorités américaines des excuses et des compensations.

 

Choe Sang-hun, correspondant de l'agence Associated Press (AP), découvrit dans un magazine sud-coréen la photo de manifestants devant l'ambassade américaine conduits par Chung Eun-yong : il les interrogea et publia un article pour AP en avril 1998. Commença alors une enquête - notamment auprès d'anciens soldats américains - qui devait conduire une équipe d'AP à obtenir le prix Pulitzer en avril 2000. Quelques mois plus tard, en juin, CBS News fit état d'un document prouvant que les forces aériennes avaient délibérément attaqué les civils sud-coréens massacrés à No Gun Ri.

 

L'armée américaine dut reconnaître les faits, dans un rapport publié en 2001, mais elle les qualifia d' "accompagnement" d'une guerre (on parlerait aujourd'hui de "dommages collatéraux") "profondément regrettable". Si le Président Bill Clinton émit effectivement une déclaration où il exprimait ses "regrets", il refusa de présenter les excuses que demandaient les survivants et les familles des victimes. Le ministère de la Défense américain ne voulut en effet pas reconnaître les conclusions de l'équipe d'enquête sud-coréenne selon lesquelles les troupes américaines - notamment les pilotes - auraient reçu l'ordre de tirer sur les civils coréens. Mais qui peut croire la thèse de l'erreur pour une attaque qui a duré trois jours, et alors que la peur des infiltrés communistes parmi les réfugiés a entraîné la mort de trop nombreux civils au début de la guerre de Corée - il est vrai toutefois du fait d'abord des autorités sud-coréennes ?

Chung Eun-yong était né à Jugok en 1923. Rêvant de devenir architecte, il avait finalement pu, dans la Corée sous occupation japonaise, devenir opérateur de télégraphe, mais avait dû quitter son emploi après une dispute avec un collègue japonais. Entré dans la police en 1944 pour ne pas servir dans l'armée impériale nippone, il avait démissionné en 1949 - se déclarant dégoûté par la corruption - et commencé des études de droit à Séoul. Au déclenchement de la guerre, craignant que ses anciennes fonctions dans la police sud-coréenne ne le mettent en danger, il avait quitté sa femme et leurs deux enfants. Il ne se doutait pas qu'il les exposait à un danger plus grand encore. Comme il le découvrirait plus tard en retrouvant sa femme, seule cette dernière survécut au massacre de No Gun Ri, après avoir été blessée.

Ayant travaillé pour l'armée américaine, Chung Eun-yong quitta ce poste, en butte aux remarques racistes des soldats US qui frappaient également les Coréens. Il rejoignit à nouveau la police, et passa un examen de droit en étudiant la nuit.

C'est en 1960 qu'il commença à réunir des témoignages de survivants, après que le gouvernement américain eut fait savoir qu'il recevrait des réclamations pour des dommages liés à la guerre.

Après le retour au pouvoir des civils à Séoul, suite à l'élection présidentielle de 1992, il reprit espoir que le massacre ayant emporté ses enfants soit reconnu et écrivit un livre de témoignage - refusé par dix éditeurs, jugeant que les accusations contre les Américains correspondaient à des faits "controversés". Son récit fut finalement publié sous forme de roman en 1994.

Son fils, Chung Koo-do, préside la Fondation No Gun Ri pour la Paix Internationale.

Ayant travaillé dans une agence gouvernementale sud-coréenne anticommuniste, profondément croyant et ayant communié avec les vétérans américains de No Gun Ri, Chung Eun-yong n'avait pas le profil d'un activiste. Son histoire et son engagement témoignent que le combat pour la vérité sur la guerre de Corée doivent transcender les clivages partisans, alors que le gouvernement américain doit toujours s'excuser pour le massacre de No Gun Ri et offrir une juste indemnisation aux victimes et à leurs familles.

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Guerre de Corée
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